Vers un poste de travail des agents de la Fonction publique d'État sous OS libre ?

L’annonce a fait grand bruit cette semaine dans le landerneau du numérique public : à l’occasion d’un séminaire interministériel sur la souveraineté numérique, organisé le 8 avril par la Dinum, en présence de deux ministres (le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, et de la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff), plusieurs annonces ont été faites visant à la réduction des dépendances de l’État vis-à-vis des Big Tech. D’après le communiqué de presse de la Dinum, la méthode consiste à « former des coalitions inédites associant ministères, grands opérateurs publics et acteurs privés » et à « fédérer les énergies publiques et privées autour de projets précis, en s’appuyant notamment sur les communs numériques et les standards d’interopérabilité (initiatives Open-Interop, OpenBuro). »

L’une de ces annonces concerne le poste de travail des agents de la Fonction publique d’État. Pour commencer, la Dinum annonce, pour ses propres agents (environ 250 personnes), « sa sortie de Windows au profit de postes sous système d’exploitation Linux ». Comme le précise Next, « La distribution retenue n’a pas été précisée, mais la Dinum développe en propre un projet de système d’exploitation sécurisé, basé sur NixOS et baptisé Sécurix ». Ensuite, « chaque ministère (opérateurs inclus) sera tenu de formaliser son propre plan d’ici l’automne, portant sur les axes suivants : poste de travail, outils collaboratifs, anti-virus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau. »

Côté Éducation nationale, suite à l’annonce récente du renouvellement du contrat avec Microsoft pour les postes des quelque 40000 agents administratifs travaillant dans les services de l’administration centrale (le ministère) ou les administrations déconcentrées (rectorats, directions départementales) dont je parlais dans mon précédent billet, on peut donc s’attendre à du mouvement, dans le bon sens ! Rappelons au passage que les enseignant⋅es et, plus largement les personnels dans les écoles ou les établissements, qui forment la très grande majorité des agents de l’Éducation nationale, soit s’équipent à titre personnel, soit sont équipés par la collectivité de référence (commune, département ou région) - qui fournit également les équipements destinés aux élèves.

L’April s’est également fendu d’un communiqué le 10 avril, maintenant sa vigilance :

L’April souligne qu’aucune politique de réduction des dépendances, ou d’autonomie stratégique, en matière numérique, ne peut se faire sans logiciels libres. Et le logiciel libre, ce n’est pas juste du code et des produits : c’est aussi une éthique de l’émancipation et un engagement vers plus d’interopérabilité qui devrait être au cœur des services publics. Souhaitons que l’absence de la mention « logiciel libre » dans le communiqué de la DINUM ne préfigure pas un tel même angle mort dans les travaux à venir.

Gardons donc le point d’interrogation du titre, même si c’est un signal très clair et positif. Il m’est difficile de bouder mon plaisir, et je suis impatient de voir quelles seront les options retenues par l’Éducation nationale dans son plan ministériel attendu à l’automne. Il y a pas mal d’enjeux cachés derrière ces choix politiques et techniques : offre de services numériques (métier, collaborative…), accessibilité numérique, accompagnement au changement, ingénierie du poste de travail et gestion de parc, etc. Enjeux dont il faudra se saisir avec les bonnes expertises et compétences, sans ignorer les besoins des agent⋅es.

Enfin, il reste dommage que les vertus des logiciels libres et des communs numériques ne soient vraiment considérées qu’aujourd’hui, avec le technofascisme qui vient menacer notre indépendance stratégique, alors que tous les arguments qui ont pu être portés jusque là n’ont jamais vraiment été entendus.

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